jeudi 22 février 2018

Numérique : le mythe du retard de l'administration


Le serpent de mer

La réduction des effectifs de la fonction publique et la vétusté des administrations sont des marronniers dans les médias comme au café du commerce. Les chantres du néo-libéralisme promettent un dégraissage drastique qu’ils assurer pouvoir réaliser par une numérisation massive permettant un gain de productivité quasi-miraculeux. Une telle marge de manœuvre est-elle encore crédible dans le secteur public, comme si tout était à y faire en matière de dématérialisation ?

Je n’ai pas l’heur de disposer d’indicateurs en la matière. Mais j’ai réalisé la quasi-totalité d’une quinzaine d’années de ma carrière dans des projets numériques pour le secteur public et j’ai vu s’accomplir cette révolution discrète depuis ses coulisses. La dématérialisation des processus est désormais très avancée dans l’administration nationale, probablement moins dans les collectivités territoriales il est vrai.

Les impôts et taxes ont très largement dématérialisé leurs processus, les marchés publics offrent systématiquement des plateformes de dépôt dématérialisé, les grandes institutions publiques ont avancé dans l’open data et les échanges avec leur réseau national…

Mais pour une raison que j’ignore (ou presque), nos concitoyens continuent de croire que l’administration française brasse encore des tombereaux de papier. Les candidats aux plus hautes fonctions eux-mêmes entretiennent de telles croyances, réelles ou opportunes.

Secteur public ou chargé de service public ?

Il me semble que cette « erreur » tient pour une large part à la méconnaissance chez nombre de nos concitoyens du simple périmètre de ladministration. Oui, les Français croulent encore sous la paperasse « obligée » ; oui, la loi nationale les contraint encore, en particulier au sein des entreprises, à des démarches ubuesques où règnent encore le papier, le tampon et le timbre-poste.  Mais qui sont donc ces tyrans du papier réglementaire ? Où sont les bastions de résistance du classeur cartonné, tu tampon encreur et de la perforatrice ?

De fait, nombre d’acteurs privés opèrent aujourd’hui des services publics. A côté du naufrage très médiatisé du RSI (acteur de droit privé, rappelons-le), les entrepreneurs et DRH connaissent aussi les délices des relations avec les compagnies d’assurance privées à qui l’on a livré en pâture les nombreuses cotisations complémentaires désormais obligatoires : complémentaire santé, complémentaire retraite, prévoyance. Et là, force est de constater que la dématérialisation des processus et l’optimisation des flux a encore bien des marges de progression. S’il est un scandale d’Etat, en l’occurrence, c’est peut-être davantage d’avoir livré à la curée de tant d’entreprises ou organismes privés un vaste marché captif, sans réel engagement d’efficacité en retour ni d’obligations sanctionnées en matière de dématérialisation, alors même que l’Etat s’imposait cette indispensable modernisation.

Je m’interroge donc sur la réalité des postes de fonctionnaires suppressibles par un « tsunami numérique » dans l’administration. Quant à l’utilisation de l’argument numérique pour anticiper la réduction des emplois publics quand les mêmes nient dans le même temps l’effet de la numérisation sur l’emploi privé en France… je m’abstiendrai de qualifier ce paradoxe.

© Christine Reynaud, Nouveaux Mess@ges SAS

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire