Le serpent de mer
La réduction des effectifs de la fonction publique et la vétusté des
administrations sont des marronniers dans les médias comme au café du
commerce. Les chantres du néo-libéralisme promettent un dégraissage
drastique qu’ils assurer pouvoir réaliser par une numérisation
massive permettant un gain de
productivité quasi-miraculeux. Une telle marge de manœuvre est-elle
encore crédible dans le secteur public, comme si tout était à y
faire en matière de dématérialisation ?
Les impôts et taxes ont très
largement dématérialisé leurs processus,
les marchés publics offrent systématiquement des plateformes de dépôt dématérialisé, les
grandes institutions publiques ont avancé dans l’open data et les échanges avec leur réseau national…
Mais pour une raison que j’ignore (ou presque), nos concitoyens
continuent de croire que l’administration
française brasse encore des
tombereaux de papier. Les candidats aux plus hautes fonctions eux-mêmes entretiennent de telles croyances,
réelles ou opportunes.
Secteur public ou chargé de service public ?
Il me semble que cette « erreur » tient pour une large part à la méconnaissance
chez nombre de nos concitoyens du simple périmètre
de l’administration. Oui, les Français croulent encore sous la paperasse
« obligée » ;
oui, la loi nationale les contraint encore, en particulier au sein des
entreprises, à des démarches ubuesques où règnent encore le papier, le tampon et
le timbre-poste. Mais qui sont donc ces
tyrans du papier réglementaire ? Où sont les bastions de résistance
du classeur cartonné, tu tampon encreur et de la
perforatrice ?
De fait, nombre d’acteurs privés opèrent aujourd’hui des
services publics. A côté du naufrage très médiatisé du RSI (acteur de droit privé, rappelons-le), les entrepreneurs et
DRH connaissent aussi les délices
des relations avec les compagnies d’assurance
privées à qui l’on a
livré en pâture les nombreuses cotisations
complémentaires
désormais obligatoires : complémentaire santé, complémentaire
retraite, prévoyance. Et là, force est de constater que la dématérialisation
des processus et l’optimisation des flux a
encore bien des marges de progression. S’il est
un scandale d’Etat, en l’occurrence, c’est peut-être
davantage d’avoir livré à la curée de tant d’entreprises ou organismes privés un vaste marché
captif, sans réel engagement d’efficacité en retour ni d’obligations
sanctionnées en matière de dématérialisation, alors même que l’Etat s’imposait
cette indispensable modernisation.
Je m’interroge donc sur la réalité des postes de fonctionnaires
suppressibles par un « tsunami
numérique » dans
l’administration. Quant à l’utilisation
de l’argument numérique pour anticiper la réduction des emplois publics quand les
mêmes nient dans le même temps l’effet de la numérisation
sur l’emploi privé en France… je m’abstiendrai
de qualifier ce paradoxe.
©
Christine Reynaud, Nouveaux Mess@ges SAS

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