jeudi 11 juillet 2019

Totems et tabous dans l'entreprise primitive 

Article 1 : Sois heureux, je le veux !


De nouveau indépendante et plus libre de mes propos, je vous propose une série qui me tient à cœur sur ces croyances, voire ces tabous, qui me paraissent empoisonner le management, la vie de l'entreprise et celle de ses collaborateurs. A plus vaste échelle, ils exercent même leur maléfique envoûtement sur les politiques, les Etats, les institutions supranationales, les citoyens, à l'heure où les bouleversements technologiques, stratégiques, économiques, sociaux exigeraient une clairvoyance, une agilité débarrassées de tout a priori.

Cette série de l'été pourrait fort bien me coûter la fuite de certains prospects mais autant plaire pour de bonnes raisons et déplaire pour d'aussi bonnes, non ?

Je vous propose aujourd'hui de tordre le cou à la despotique bienséance du bonheur ou même simplement du bien-être au travail.

Le bien-être ne se décrète pas plus que l'expérience


Quoi de plus pervers que l’injonction d’être heureux, si souvent parée du masque le plus vertueux de la bienveillance ?

En étant honnête, à qui n’est-il pas arrivé de démarrer un projet, de prendre une fonction en faisant la grimace, en tirant la sonnette d'alarme auprès de managers excédés par le premier soupir ? Et de voir ce même projet devenir une de ses meilleures expériences une fois traités les sujets d’anxiété ou de malaise ? 

Progresser, c’est se confronter à des difficultés, sortir de sa zone de confort : cette transformation ne se fait jamais sans douleur. Un malaise lors d'une nouvelle prise de responsabilité ne signifie donc nullement une incapacité à endosser une fonction ou à s’intégrer à une équipe. La souffrance peut même traduire un effort de dépassement hors du commun, qu’il sera raisonnable de modérer dans son zèle pour tenir dans la durée.

On ne prévient qu'un risque identifié


S’engager pleinement dans une fonction, un projet, une mission, ne signifie nullement en tirer en permanence une béatitude que personne ne saurait ignorer tant elle se peint sur une face réjouie. Une telle exigence ressemble trop à une fuite du management vis-à-vis des besoins, difficultés, attentes des collaborateurs. Autant le client ne doit rien savoir de l’effort qui se joue, autant le commandement du soldat au front a comme premier devoir d’assurer son support, ce qui suppose de regarder en face la menace.

Sans même rechercher l’action philanthropique, la politique de l’autruche ou du thermomètre cassé est rarement une bonne idée pour les intérêts des affaires et de l’entreprise. Des alertes répétées méritent toujours d’être écoutées et traitées par un plan d’action qui sera exposé, discuté : il s'agit là de la première condition pour prévenir les risques.

Entretenir les contes de fées ou grandir ensemble ?


On ne peut certes pas réaliser d’un coup de baguette magique tous les desiderata des salariés.  Il s'agit de tout sauf de les soustraire au projet, aux difficultés : l'objectif est au contraire de les aider à les affronter avec succès. Toutes sortes de dispositifs peuvent épauler un collaborateur, l’aider à dépasser cet état de malaise et passer ainsi un cap professionnel.

Le manager épuisé ou déstabilisé par le coaching de ses collaborateurs pourra toujours demander, de même, une aide pour relever le défi plutôt que de le nier. 


© Christine Reynaud


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